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La prothèse amovible par impression 3D (CAD-CAM additif) s’installe rapidement dans les flux de travail des laboratoires. Entre marketing des fabricants et réalité clinique, il reste toutefois indispensable de distinguer ce qui est validé de ce qui relève encore de la promesse. Cet article fait le point, à partir de la littérature récente, sur trois questions concrètes pour le chirurgien-dentiste : la performance clinique perçue par le patient, la fiabilité des matériaux, et la précision d’assemblage dents-base-châssis.

Impression 3D des prothèses amovibles : de quoi parle-t-on ?

La fabrication additive intervient aujourd’hui à plusieurs niveaux de la prothèse amovible complète (PAC) comme partielle (PAP). Trois usages dominent : l’impression de la base prothétique en résine photopolymérisable, l’assemblage de dents prothétiques (imprimées ou usinées) sur cette base, et la production de châssis métalliques par fusion sur lit de poudre ou usinage.

Une revue narrative récente consacrée à l’impact des technologies numériques sur la prothèse amovible complète (Maasoomnia et al., 2026) souligne les gains attendus : réduction du nombre de séances, archivage numérique permettant une refabrication à l’identique, et standardisation du processus. Elle rappelle aussi les limites actuelles, notamment la variabilité des propriétés selon les résines et les paramètres d’impression, qui impose de ne pas généraliser les résultats d’un système à un autre.

Ce que perçoit le patient : la preuve clinique

Le critère décisif reste la satisfaction et la fonction en bouche. Un essai clinique croisé (Emera et al., 2025) a comparé, chez les mêmes patients, des prothèses complètes conventionnelles et imprimées en 3D, sur la qualité de vie liée à la santé bucco-dentaire et l’efficacité masticatoire. Ce type de protocole en cross-over, où chaque patient est son propre témoin, offre un niveau de preuve intéressant pour départager les deux approches sur des critères centrés sur le patient.

Il faut néanmoins garder à l’esprit que les données cliniques comparatives restent peu nombreuses et souvent portées par des effectifs limités et un recul modéré. La majorité de la littérature disponible demeure in vitro. Pour le praticien, cela signifie que l’impression 3D peut être proposée avec confiance dans des indications maîtrisées, mais qu’elle ne dispose pas encore du recul longitudinal des techniques conventionnelles.

Matériaux : résines de base et comportement mécanique

Le talon d’Achille historique des bases imprimées est leur comportement mécanique dans le temps. Une étude comparant l’anisotropie mécanique et le comportement en fatigue de bases imprimées en 3D et de bases usinées (CAD-CAM soustractif) après vieillissement thermomécanique (Alkhodary et al., 2026) illustre un point clé : le procédé additif introduit une anisotropie — les propriétés dépendent de l’orientation d’impression et des couches — que l’usinage, à partir d’un bloc homogène, ne présente pas. Cette dépendance à l’orientation doit être intégrée par le laboratoire lors du nesting.

Une revue exhaustive des propriétés des résines de base imprimées (Abozaid et al., 2026) confirme un tableau contrasté : les propriétés optiques et la précision sont généralement satisfaisantes, mais la résistance mécanique et la stabilité biologique dépendent fortement de la résine, du taux de conversion et du post-traitement (lavage, post-polymérisation). Le respect scrupuleux du protocole du fabricant conditionne directement la performance clinique et la biocompatibilité.

Assemblage et châssis : la précision en question

La solidité de la liaison entre dents et base est déterminante pour la longévité. Une étude sur la résistance au cisaillement de la liaison entre base imprimée et dents (conventionnelles ou usinées) après sablage (Hleeba et al., 2026) confirme que la préparation de surface — le sablage — influence significativement la force de collage, un paramètre à standardiser au laboratoire.

Pour la prothèse partielle, la question du châssis reste centrale. Une évaluation des méthodes CAD-CAM pour la fabrication de châssis de PAP en titane commercialement pur (Ito et al., 2026) rappelle que le numérique couvre désormais aussi bien la voie additive que soustractive pour les alliages, chaque méthode ayant ses compromis en précision d’ajustage et en état de surface.

Conclusion pratique pour le praticien

L’impression 3D des prothèses amovibles est aujourd’hui une réalité industrielle crédible, avec des atouts nets : archivage numérique, refabrication reproductible et rationalisation des séances. La preuve clinique centrée sur le patient progresse mais reste jeune ; les données mécaniques invitent à la vigilance sur le choix de la résine, l’orientation d’impression et le post-traitement. En pratique, privilégiez un laboratoire maîtrisant l’ensemble de la chaîne numérique et documentant ses matériaux, et réservez les indications les plus exigeantes à des systèmes dont la performance a été vérifiée. C’est précisément cette rigueur de protocole — validée par notre certification ISO 13485 — que UNILAB applique à chaque prothèse.

Références

Emera et al., 2025. Quality of life and chewing efficiency, conventional vs 3D-printed complete dentures: a crossover trial. J Dent Res Dent Clin Dent Prospects. PMID: 42145577

Maasoomnia et al., 2026. Impact of digital technologies on removable complete dentures: a narrative review. Saudi Dent J. PMID: 42062674

Abozaid et al., 2026. Mechanical, biological, optical and clinical properties of 3D-printed denture base resins: a review. Odontology. PMID: 42295530

Alkhodary et al., 2026. Mechanical anisotropy and fatigue of 3D-printed dentures vs milled bases after thermomechanical aging. J Funct Biomater. PMID: 42346688

Ito et al., 2026. CAD-CAM methods for removable partial denture frameworks from commercially pure titanium. J Prosthodont Res. PMID: 41850866

Hleeba et al., 2026. Effect of sandblasting on shear bond strength of 3D-printed denture base to teeth. BMC Oral Health. PMID: 42288804