La dentisterie numérique n’est plus un horizon lointain : elle structure désormais le flux de travail quotidien, du scanner intra-oral à l’usinage ou à l’impression 3D. Plusieurs publications parues à l’automne 2026 apportent des données concrètes sur la précision des guides chirurgicaux, la fiabilité des flux numériques en réhabilitation complète et le comportement mécanique des restaurations issues de fabrication soustractive ou additive.
Voici une synthèse de ces travaux, orientée sur ce qu’ils changent — ou non — pour la pratique au cabinet.
Guides chirurgicaux numériques : la précision sous le microscope
La planification implantaire guidée repose sur la chaîne complète imagerie–scan–guide. Une revue systématique avec méta-analyse consacrée à la précision des guides chirurgicaux numériques pour la pose implantaire, incluant une analyse spécifique du secteur antérieur maxillaire, vient rappeler l’importance de ce paramètre [1]. Les auteurs soulignent que la précision peut varier selon la région anatomique concernée, ce qui invite à ne pas généraliser un même niveau de fiabilité à toutes les situations cliniques.
Pour le praticien, le message est pragmatique : le guide numérique reste un outil d’aide, dont la performance dépend de la qualité des données d’entrée et du secteur traité. Le contrôle peropératoire garde toute sa place, en particulier dans les zones esthétiques exigeantes comme le maxillaire antérieur.
Flux numérique en All-on-Four : l’influence de la forme d’arcade
La réhabilitation complète sur implants concentre les difficultés du flux numérique : multiplicité des piliers, étendue de l’arcade, cumul des imprécisions. Une étude in vitro s’est intéressée à l’influence de la forme d’arcade sur la précision du flux numérique dans les cas d’All-on-Four [2]. Les auteurs explorent comment la géométrie de l’arcade peut peser sur la fidélité de l’empreinte optique et, in fine, sur l’adaptation prothétique.
Ces résultats rappellent qu’en édentement complet, chaque configuration anatomique mérite une vigilance particulière. Le recours à des repères, à des protocoles d’enregistrement rigoureux et à une validation de l’empreinte reste déterminant avant d’engager la fabrication.
Prothèses complètes en zircone : le recul clinique s’allonge
Au-delà de la précision d’acquisition, la question de la pérennité des restaurations produites en CFAO se pose. Une étude rétrospective portant sur des prothèses complètes transvissées sur implants en zircone, avec un suivi allant jusqu’à 8 ans et 140 arcades issues de la pratique privée, apporte un recul clinique appréciable [3]. Les auteurs documentent le comportement de ces reconstructions monolithiques à moyen et long terme.
Ce type de données de terrain est précieux : il alimente la discussion sur les choix de matériaux en réhabilitation complète et sur les compromis entre résistance, esthétique et maintenance. La zircone usinée s’inscrit ainsi dans une logique documentée, à intégrer dans l’information éclairée du patient.
Soustractif ou additif : le comportement mécanique en question
Le choix entre usinage (fabrication soustractive) et impression 3D (fabrication additive) est devenu central. Une étude a comparé l’effet du design de préparation sur la charge à la rupture et le comportement à la fracture de couronnes pédiatriques fabriquées par ces deux voies [4]. Les auteurs analysent comment la conception de la préparation influence la résistance mécanique selon le procédé de fabrication.
Pour le cabinet, cela confirme que le procédé de fabrication ne peut être dissocié de la conception : la géométrie de préparation reste un facteur mécanique de premier plan, quel que soit le mode de production choisi. La collaboration avec le laboratoire de prothèse, qui maîtrise ces paramètres de conception numérique, est ici déterminante.
L’impression 3D au service de la communication et de l’identification
La fabrication additive dépasse la seule restauration. Plusieurs travaux récents illustrent ses usages émergents. Un cas clinique décrit l’apport de modèles imprimés en 3D pour améliorer la communication et le consentement chez un jeune patient présentant des kératokystes odontogènes associés à un syndrome de Gorlin [5] : le modèle tangible facilite la compréhension du plan de traitement.
Sur un autre versant, une étude propose une méthode quantitative de superposition 3D entre CBCT et scans intra-oraux à des fins d’identification médico-légale [6]. Elle témoigne de la richesse des données numériques déjà générées en cabinet, potentiellement mobilisables au-delà du soin. Ensemble, ces publications dessinent une dentisterie numérique où le fichier 3D devient un support de pédagogie, de traçabilité et de sécurité, et non plus seulement de production prothétique.
Références
- Priyam P, Jain N, Saxena V. Accuracy of digital surgical guides for dental implant placement: A systematic review, meta-analysis and region-specific analysis of the anterior maxilla. International journal of oral implantology (Berlin, Germany), 2026 Sep 16. PMID 42746820.
- Torky MS, AboElHassan RG, Azer AS. Influence of arch form on the accuracy of digital workflow in all-on-four implant rehabilitation cases (an in vitro study). BMC oral health, 2026 Sep 15. PMID 42745315. doi : 10.1186/s12903-026-09780-8.
- Papaspyridakos P, Bidra AS, Bedrossian A et al.. Zirconia full-arch implant-supported prostheses: An up to 8-year retrospective study with 140 jaws from private practice. Journal of prosthodontics : official journal of the American College of Prosthodontists, 2026 Sep 16. PMID 42750068. doi : 10.1111/jopr.70232.
- Hamashima M, Wada K, Oishi S et al.. Effect of tooth preparation design on fracture load and fracture behavior of deciduous crowns fabricated by subtractive and additive manufacturing. Clinical oral investigations, 2026 Sep 16. PMID 42747611. doi : 10.1007/s00784-026-07127-9.
- Jacq R, Picherit M, Bas AC. Enhancing Communication and Consent Using 3-D Printed Models With a Pediatric Dental Patient Presenting With Odontogenic Keratocysts Associated With Gorlin Syndrome: A Case Report. Special care in dentistry : official publication of the American Association of Hospital Dentists, the Academy of Dentistry for the Handicapped, and the American Society for Geriatric Dentistry, 2026 Sep-Oct. PMID 42746903. doi : 10.1111/scd.70257.
- Manhaes-Caldas D, Groppo FC, Mattos CT et al.. 3D superimposition of cone-beam computed tomography and intraoral scan models for forensic identification: Development and validation of a quantitative analysis method. Forensic science international, 2026 Sep 14. PMID 42748580. doi : 10.1016/j.forsciint.2026.113133.
